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  Baronnies, carnet de route  
 

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mars 2003 © Julien Fattebert

Printemps 2002

Besoins de soleil et envies de voir ailleurs nous ont poussés à regarder vers le bas de la carte. Là, dans la Drôme provençale, une région peu peuplée et fortement vallonnée nous appelle. Un souffle rendu d’autant plus sauvage que nous savons le Vautour fauve Gyps fulvus de retour dans ce coin de France. Et puis, les parfums de la lavande, du thym et du romarin(g) nous chatouillent déjà les narines. Baronnies… C’en est trop. Départ !
La nuit neuchâteloise est fraîche. Le chemin sera long. La douane met du temps à arriver. Le charme d’un petit-déjeuner sur une aire d’autoroute. Le plaisir de contourner Grenoble. La magnificence du site nucléaire de Montélimar. Et, d’un coup, le vide de la campagne.
Au loin, des Hérons gardeboeufs Bubulcus ibis, et après Nyons, en remontant l’Eygues, des plages de galets alluviaux. Déjà les prémices des beautés et des félicités qui nous attendent pour quatre jours.
La route nous conduit jusqu’à Saint-May, nid d’aigle accroché au flanc de la montagne. Du hameau part une piste en terre, caillouteuse à souhait, qui virevolte dans la pente, entre orchidées et Fauvettes passerinettes Sylvia cantillans. En contrebas, aux abords de la nationale, les oliviers. Les premières cigales, peut-être. La saison se donne un peu d’avance. C’est ce que nous venons chercher.

Vautours fauves
 

Et subitement, haut dans le ciel, les premiers Vautours. Silhouettes prestigieuses, glissant dans l’azur presque dédaigneusement. Ceux-là passent loin au-dessus de nos têtes, rejoignent les versants d’en face sans un coup d’aile.
Nous avons hâte de mieux les observer.
Ainsi, après encore quelques lacets poussiéreux, nous arrivons sur le Plateau de Saint-Laurent. La lumière devient rasante, elle remonte la pente douce de ce vaste verger d’arbres noueux, d’arbres creux. Coup de coeur, nous avons trouvé notre coin au milieu des Baronnies.
La fin du chemin se fait à pied. Elle mène au Rocher du Caire, immense falaise qui domine le village de Rémuzat, au fond de la vallée de l’Eygues. C’est là que nichent les Vautours. C’est là qu’ils vivent. C’est là qu’ils volent. Tout près. Les oiseaux paraissent lourds. L’air les rend si légers. Ils jouent avec les derniers courants de la journée, qui les portent haut et vite. Ils se laisseront tomber pour aller loin, traversent les vallées comme nous traversons un sentier. Leur plumage roussit sous le soleil qui baisse, là-bas, vers Nyons. Leur collerette prend feu.
La nuit a été fraîche. Certains ont plus de peine que d’autres à s’extraire du chaud cocon de leur sac de couchage. Les plus matinaux partent en exploration dans le dédale de broussailles, de murets et d’arbres fruitiers du plateau. Le chant mélancolique de l’Alouette lulu Lulula arborea répond à celui du Tarier pâtre Saxicola torquata. Là, résonnent les vocalises du Bruant zizi Emberiza cirlus. Trois Torcols fourmiliers Jynx torquilla chantent discrètement. Invisibles.
A Rémuzat, les olives et le pastis suivent dans un intervalle douteux le café et les croissants. Depuis la terrasse du Bar du Midi, nous braquons les télescopes sur la falaise. Confortablement affalés, nous écrivons des cartes, observons des Vautours, buvons un apéritif. Cela ressemble à de l’ornithologie de salon, mais ne sommes-nous pas en vacances ?

Circaète Jean-le-Blanc
 

Derrière le village, se déroule un petit sentier qui louvoie entre pinède et prairie. La flore est encore un peu frileuse en ce début de mois d’avril. Un Eurranthis plummistaria, superbe Lepidoptère orangé de la famille des géomètres, se laisse photographier. Deux Circaètes Jean-le-Blanc Circaetus gallicus, comme suspendus à un fil invisible, volettent sur place, cherchant le serpent ou le rongeur imprudent.
Une petite falaise, au détour du chemin, domine le marcheur. Elle abrite quelques Vautours qui plongent, se posent, repartent, tournoient juste au-dessus. L’air est chaud, la lumière blanche. Croquis, photos, siestes improvisées, les fesses entre deux pierres pointues et la tête appuyée sur un gros sac parfois moelleux.
La descente est plus rapide, les jambes se laissent emporter par la pente. Après les esprits, se sont les corps qui gambadent. Nous voici de retour au pied de l’imposant Rocher du Caire. Cette fois, avant de remonter, nous nous accordons un arrêt à l’Hôtel Baudoin, petit troquet de province aux charmes particulièrement abstraits. Néanmoins, les trois petites tables rondes de la place feront l’affaire ; il ne nous en faut que deux.

Les jours suivants s’écoulent en explorations diverses, qui vers le haut, qui vers le bas du plateau. Parfois nous nous rejoignons sur la crête, parfois nous courons vers Saint-May, nous marrer un coup sur le taux de change de l’huile d’olive, qui gagne au passage deux euros sur le franc français. Toujours nous retournons vers les Vautours. Les orchidées s’épanouissent, les nuages gonflent sous le vent d’ouest. L’orage menace. Les rideaux de pluie avancent et nous sommes bien décidés à ne pas passer cette nuit-ci dehors. Mais trouver un gîte à l’improviste n’est pas aisé. Finalement, les négociations téléphoniques nous mèneront vers Montferran-la-Fare, plus haut encore dans la vallée.
Le hameau semble déserté. Le gîte de la Chèvre Verte seul paraît habité. C’est là que nous sommes attendus. Nous avons à notre disposition un véritable petit appartement. La cuisine jouxte une pièce de canapés, au-dessus, le dortoir a même des lits en trop. La première douche depuis trois jours fait du bien à tout le monde. Et la soirée s’écoule en une formidable initiation au Jungle Speed. Le jeu est depuis devenu une référence.
Au lever du jour, nous partons vers les hauteurs, à travers une forêt de pins encore embrumée de la nuit. La lumière joue avec les reliefs, avec les feuillages naissants des hêtres ou des érables. La promenade nous permet de mieux refaire connaissance avec la Mésange boréale Parus montanus et l’Accenteur mouchet Prunella modularis.
Au gîte, le Roitelet à triple bandeau Regulus ignicapillus chante ses premiers trilles du printemps. Les cris du Pic vert Picus viridis accompagnent le petit-déjeuner. Le café a rarement été aussi bon, la confiture coule à flot, le soleil fait fondre le beurre, les oeufs ont ce goût des poules qui courent tout le jour dans l’herbe grasse et les pains prévus pour le pique-nique de midi savent à peine combler nos ventres.
Une petite réparation mécanique sur le bus et nous voilà partis. Non ! pas encore. La découverte d’une Salamandre tachetée Salamandra salamandra dans le bassin frais et clair de la fontaine nous retient encore un peu. Nous avons la chance d’assister à la mise bas de ses larves. Une petite dizaine nage déjà, toutes branchies déployées. Lorsqu’elles les auront perdues, après une longue métamorphose dans l’eau froide, elles iront vivre dans les sous-bois humides. La Salamandre tachetée étant ovovivipare, elle n’entre en contact avec le milieu aquatique que lorsqu’il s’agit de donner naissance à ses descendants.
Evidemment, nous ne savons éviter de revenir sur nos pas, admirer une dernière fois le vol des Vautours, passer une dernière nuit sous les étoiles. Nous nous installons donc, avec le pastis, les olives, les fromages qui puent et les jambons mielleux, sur le sommet de la falaise du Caire. Des Martinets à ventre blanc Apus melba fendent l’espace aérien, virvoltent entre les Vautours et le Grand Corbeau Corvus corax.
Un Percnoptère Nephron percnopterus arrive du sud. Le premier de l’année à Rémuzat.

Vautour fauve
 

Bientôt un autre individu sera dans le ciel des Baronnies. Peut-être d’autres. Difficile à dire, ils ne sont jamais visibles plus d’un au même moment. Les Corbeaux les houspillent, ce qu’ils ne font pas à l’encontre des Vautours fauves. Des Hirondelles rustiques Hirundo rustica chassent en compagnie des Hirondelles de rochers Ptyonoprogne rupestris. C’est le printemps. Le soleil arrive, une fois de plus, au bout de sa course. Nous oublions tout. Nous sommes les rois du monde.


Bonne humeur de Sarah Boschung, Jérôme Gremaud, Emmanuel Rey, Thierry Heger et Christophe Poupon !


Et merci tout spécialement à Jacques qui nous a prêté LE bus et Georges son téléscope!


Accès
Par l’autoroute depuis Genève suivre Grenoble ou Lyon, passer par Valence, sortir à Montélimar. Suivre Nyons, remonter la vallée de l’Eygues jusqu’à Saint-May ou Rémuzat.
On peut aussi quitter l’autoroute peu après Grenoble et passer par la N75 jusqu’à Serres et arriver à Rémuzat par l’Est (suivre Nyons). C’est plus court, en kilomètres et en temps, malgré un long trajet sans autoroute. C’est aussi moins cher puisqu’il y a moins de péages.
Pour aller à Montferran-la-Fare, remonter l’Eygues depuis Rémuzat et suivre les indications.

 

 

SOMMAIRE n° 212
>
Le mot du président
> ... et celui de la rédaction
> Nuit blanche à vélo
> Les sorties du GdJ
> Compte-rendu de quelques excursions
> Baronnies, carnet de route
> Voyage à Java
> Huit mois (au Bélize)
> La sélection sexuelle chez l'Hirondelle rustique
> Bonnes obs
> Annonces brèves


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