septembre
2002 © Emmanuel Rey
Les
Hirondelles de rivages font malheureusement partie de
ces espèces dont la survie ne dépend plus
que de lhomme. Ses joyeuses colonies bordant les
rivières sableuses ne sont plus, ou presque. Le
bétonnage intensif et la canalisation de tout cours
deau digne de ce nom a sonné le glas de ces
joyeux creuseurs. Actuellement on compte ces colonies
en bord de rivière sur les doigts. La préférence
pour ces petites hirondelles est tombée, par manque
de choix : les gravières. Les tas de sables, apparemment
laissés à labandon, deviennent attractifs
et sont occupés. Las, ces mêmes tas ne sont
que bien souvent temporaire et les trous sont détruits,
avec tout ce que lon pouvait trouver à lintérieur.
Il est toujours intéressant de trouver une colonie
dHirondelles de rivage dans une gravière
et daller discuter avec les exploitants de la gravière.
Ceux-ci peuvent laisser le tas jusquà la
sortie des jeunes et seront tout content davoir
ces oiseaux à portée de jumelles.
Le bord du lac de Neuchâtel, à côté
de la ville du même nom, voit arriver chaque année
son lot dHirondelles. Ce lieu peut voir se développer
deux colonies en deux endroits totalement différents.
Tout dabord, une route, tout ce quil y a de
route, menant dAreuse à Colombier. Beaucoup
de circulation, beaucoup de poids lourd, vraiment lendroit
ou lon ne penserait jamais voir cette petite hirondelle.
Et pourtant. Le mur de soutènement de cette route
a des trous de canalisation. Ce serait banal pour un mur,
mais ces trous semblent moins innocents que ce que lon
pense. Le terrain sableux de la vigne adjacente semble
être convaincant pour nos oiseaux, qui utilisent
ces trous afin daccéder à ce terrain
sableux. Cette année, une vingtaine dindividus
ont occupé ces trous. La colonie a été
redécouverte en 1997 par B. Mulhauser et S. Roulet,
et depuis la colonie est réoccupée irrégulièrement.
Il est impressionnant de voir le ballet de ces hirondelles,
profitant dune pause dans la circulation pour revenir
en masse dans les cavités, pour senfuir dès
larrivée des premiers camions. Malheureusement
la route est particulièrement fréquentée,
et observer aux jumelles sous le doux bruit dun
poids lourds nest pas des plus poétiques...
Heureusement la région nous réserve dautres
surprises, en place dune gravière plus ou
moins exploitée. Les propriétaires préférant
laisser les habitant du lieu tranquille, nous niront
pas plus en détail dans la description et laccès
du coin. La gravière en elle même a été
mise en réserve naturelle avec laccord des
propriétaires. La nature a été livrée
à ses bons désirs, forêt, étang,
roselière, falaise de sable... Ainsi, une douzaine
despèces dorchidées poussent
dans cette zone, les Hérons se reposent au bord
de létang (quand les propriétaires
ne sont pas là...) et carpes et grenouilles nagent
tranquillement dans létang, accompagnée
de quelques tortues arrivées là on ne sait
trop comment. A partir du mois de Mai, dautres cris
que ceux des Rousserolles, des Rougegorges et des Mésanges
rythment la journée de travail, ce sont la cinquantaine
dHirondelles de rivage qui sont arrivées
directement de leur longue migration par la Tunisie, Malte
(où elles ont du essuyer une pluie de plomb de
chasse...) et lItalie. Celles-ci se mettent rapidement
au creusage de lune ou lautre cavité,
ainsi quà la restauration danciennes
cavités. En fait, elles semblent creuser entièrement
peu de cavités. Après avoir finit les travaux
dexcavation, elles garnissent le nid et pondent
leurs ufs. Lors de la deuxième nichée,
les premiers jeunes occupent des cavités non occupées
par des couples se préparent à la migration.
Au mois daoût, les migrateurs se mettent en
route, petit à petit, et cest à partir
de cette période que lon peut surveiller
les roselières dans lesquelles les Hirondelles
rustiques passent la nuit, des Hirondelles de rivage pouvant
parfois les accompagner.
Les Hirondelles de rivages font partie des espèces
potentiellement menacée, cela signifie que lespèce
est stable, mais quil suffirait dune petite
modification de son milieu pour que celle-ci soit réellement
en danger dextinction. Dans le cas de notre petite
Hirondelle, le maintient de tas de sables pour ces colonies
est vitale, et cela dépend de lhomme. Nous
avons le même cas pour les Sternes pierregarin qui
ne se reproduisent plus que sur des îlots artificiels,
ou pour certains rapaces comme le Faucon crécerelle
ou la Chouette effraie dont la reproduction dépend
de nichoirs déposés par lhomme (encore...).
Et oui, nous avons détruit leurs milieux à
tel point que nous devons leur en recréer pour
les maintenir...