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mars
2002 © Boris Droz
La
Dombes (avec un "s") est un endroit magnifique
où il fait bon se promener à vélo
d'étang en étang à la découverte
de toutes formes de vie (oiseaux, mammifères,
batraciens
). Les indigènes sont de bons
gros ruraux bien sympas et bien axés sur la bouffe.
Pas trop loin de chez nous, il est facile d'y passer
un week-end riche en découvertes ornithologiques.
Petit historique des étangs
Les étangs sont les principaux biotopes qui confèrent
la richesse de l'avifaune Dombiste. Il faut savoir qu'ils
n'ont pas toujours existé. Les étangs
ont été creusés vers les années
1200 par la communauté religieuse locale qui
assécha des marais pour créer des terres
cultivables et des étangs de pisciculture. Entre
1400 et 1510 on pouvait compter plus de 100 étangs.
A cette époque l'étang était une
valeur sûre, car moins sujette au pillage que
le champ. Le 17ème siècle fut l'âge
d'or des étangs : on en recensait 2000
et il couvraient 20000 ha.
Au début du 19ème siècle, l'état
fit pression pour assécher le tiers des étangs
pour des raisons sanitaires, pour augmenter les terres
cultivables, mais aussi pour une ouverture économique
au progrès, car on voulait faire passer le chemin
de fer Lyon-Bourg en passant par Villars.
Résultat : en 1874, il ne reste que 8750
ha d'étangs ; de plus, les progrès escomptés
sont médiocres, car les fonds des anciens étangs
sont de mauvais terrains cultivables.
Entre 1965 et 1978 avec la vogue de la chasse comme
loisir, les étangs prennent de l'importance.
On en reconstruit pour atteindre 11'000 ha. Aujourd'hui
La Dombes est une des plus importantes régions
d'Europe moyenne pour les eaux stagnantes. Elle compte
800 étangs, soit une superficie de 8'500 ha.
A notre époque seule la chasse maintient en vie
ces étangs, car la production piscicole n'est
plus compétitive et l'industrie agronome intensive
réclame des parcelles de terres à cultiver.
L'étang
La structure du fond est toujours en pente, l'endroit
le plus profond se trouvant près du " thou
". Permettant de mettre l'étang en "
assec " pour récolter le poisson. Les dimensions
des étangs varient énormément,
leur grandeur va de 1 à 118 ha pour le plus grand
(La grande Glareins). La plupart des étangs sont
communiquants et créent des réseaux le
plus généralement en "chapelet"
(ou en lignée). La lignée des "Glareins"
compte ainsi 17 étangs. Le réseau d'étangs
permet une certaine gestion contrôlée et
une réutilisation de l'eau, dont lapport
est essentiellement pluvial.
La flore de l'étang est très diversifiée
(massette, sagittaire, jonc, nénuphar, renoncule,
) et les forêts environnantes sont généralement
constituées de saules divers, daulne glutineux
et de frêne.
L'exploitation des étangs n'a pas beaucoup changé
depuis le Moyen Age. Elle se caractérise par
un assolement triennal comprenant 2 ans d'eau (évolage)
et 1 an de culture (assec) qui permet à la flore
de l'étang de se refaire complètement.
Pratiqué jusque dans les années 60 ce
mode a changé pour 3 à 5 ans d'évolage
et 2 à 3 ans d'assec.
On
élève environ 65% de carpe (Cyprinus carpio),
15% de Tanche (Tinca tinca), 15% de "blancs"
(Scardinius erythrophtalmus) et gardon (Rutilus rutilus),
5% de brochet (Esox lucius) et bien d'autres espèces
en moindre quantité. La production est de 1'500
à 2'000 t de poisson par an, dont seulement une
petite partie est exportée ; en effet, le poisson
étant de très bonne qualité, il
est recherché par une certaine catégorie
de gens pour les fêtes.
Principales familles d'oiseaux et relation avec l'habitat
La Dombes compte 260 espèces de passage et 144
espèces nicheuses (130 régulières).
Les espèces présentées ci-dessous
ont été choisies en fonction de leur abondance.
Figurent aussi celles qui permettent une petite histoire.
Anatinés et Fuligulinés
Les Anatinés et Fuligulinés sont très
présents dans La Dombes. On y trouve le Colvert,
le Chipeau, le Souchet, les Sarcelles d'été
et d'hiver, le Milouin, le Morillon et la Nette rousse
comme nicheurs alors que le Nyroca, le Milouinan, le
Pilet et le Siffleur sont de passage.
La situation des canards est préoccupante du
fait de la chasse et de l'agriculture intensive.
Premièrement les chasseurs n'arrivant pas à
avoir un tableau de chasse mirobolant avec le cheptel
régional font chaque année des lâchers
de canards d'élevages. Ceux-ci remplacent petit
à petit les populations sauvages et créent
une batardisation des espèces. De plus, le plomb
des cartouches provoque lapparition dun
pourcentage dramatique de saturnisme chez certaines
espèces. En moyenne, on retrouverait 1 à
5 p.p.m. de plomb dans le foie des canards. Le saturnisme
constituerait le tiers des causes de mortalités
"spontanées" chez les canards.
De plus, l'agriculture a depuis les années 70
détruit les 50% des prairies de La Dombes pour
combler l'augmentation des importations du blé
de 1968. Résultat : beaucoup d'espèces
nicheuses des prairies sont fortement menacées.
Les effectifs ont sérieusement diminués.
Pour ne prendre que deux exemples, le Chipeau qui avait
à son effectif plus de mille nichées dans
les années 70 n'en produit plus que 200 et les
pontes de colvert ont diminué de 20%.
La Dombes fait principalement de la monoculture de maïs,
culture très dévastatrice pour le sol
et qui demande des quantités mirobolantes de
pesticides. Sachant que les étangs sont alimentés
entièrement par l'eau de pluie, ils constituent
un puits où les pesticides se concentrent au
fil des ans. Ces derniers dégradent le biotope
des étangs où se concentrent dans les
plantes, puis les canards et enfin l'homme.
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Mouette
mélanocéphale © Isabelle Henry |
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Laridés
On compte 3 espèces nichant dans La Dombes :
la Mouette rieuse, la Guifette moustac et le Goéland
leucophée.
La
Mouette mélanocéphale et la Guifette noire
nidifiaient dans La Dombes. Les non-nicheurs sont la
Mouette pygmée, le Goéland cendré
(très présent en période internuptiale,
doctobre à décembre) et la Guifette
leucoptère (très rare).
Leffectif de la Mouette rieuse est très
faible, ceci est probablement dû aux conditions
d'exploitation des étangs (assec / évolage),
qui ne lui permettent pas de trouver d'emplacement fixe.
Son rôle nest pas négligeable, puisque,
incapable de pêcher, elle se nourrit des poissons
emprisonnés dans la vase, empêchant leur
putréfaction et lapport de bactéries
pathogènes dans l'étang. De plus notre
chère amie avec ses fientes bourrées d'azote
participe pleinement à la croissance des plantes
de l'étang.
La Guifette moustac forme souvent des colonies en association
avec celles de Grèbe à cou noir.
Quant au Goéland leucophée, il a presque
disparut de La Dombes (plus qu'une dizaine de couple).
La diminution de ses effectifs est essentiellement due
à la chasse.
Limicoles
L'Echasse est le nicheur le plus régulier, tandis
que la Barge à queue noire et le Vanneau huppé
sont en très net déclin du fait de la
destruction des prairies en bordure des étangs.
Leur effectif est passé de 2000 couples
dans les années 60 à 250 de nos jours.
La Dombes possède autrement une bonne diversité
de limicoles de passage tels que : le Courlis cendré,
le Combattant varié, le Chevalier arlequin, le
Chevalier stagnatile, le Chevalier gambette, le Chevalier
aboyeur, le Chevalier cul-blanc, le Chevalier sylvain,
le Chevalier guignette, la Bécassine des marais
et la Bécassine sourde.
Ardéidés
Le Héron bihoreau et le Héron pourpré
sont abondants, bien que le premier soit en nette régression.
Les Blongios et Butor étoilé sont communs.
Le Héron crabier niche parfois, l'Aigrette garzette
a nidifié une seule fois avant 1989. La grande
Aigrette et le Héron garde-bufs sont de
passage.
Le Héron cendré était très
rare jusque dans les années cinquante. En effet,
du fait de son classement dans les "oiseaux nuisibles",
on le tirait en toutes périodes. Mais pour essayer
de remonter les effectifs, on le classa en 1967 dans
les "oiseaux gibiers", ce qui ne suffit pas.
Alors en 1975, il devient "oiseaux protégés"
et les effectifs ont sérieusement augmenté.
Il est maintenant l'Ardeidé le plus abondant
de La Dombes.
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Grèbe
castagneux © Isabelle Henry |
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Podicipédidés
(Grèbe)
Le Grèbe huppé est très répandu,
le Grèbe à cou noir représente
la plus grande population nicheuse en France ; le Grèbe
castagneux quant à lui est discret.
Rallidés
La Foulque macroule est très répandue
avec une densité d'environ 7 couple par 10ha
d'étang.
Les Marouettes ponctuées et de Baillon sont rares
et le Râle d'eau est devenu très rare à
cause de la diminution de la diversité florale
des étangs de culture.
Phasianidés
La dernière représentante de cette famille,
la Perdrix grise, s'est éteinte dans les années
septante, victime de la chasse.
Sylviidés
Attachée à la végétation
de l'étang, la Rousserolle effarvatte et la turdoïde
se portent à merveille avec des densités
élevées de 3 à 6 couples d'Effarvatte
par ha de végétation palustre et de 8
à 11 couples de Turdoïde par ha. La Locustelle
luscinoïde et le Phragmite des joncs sont eux aussi
bien présents.
Plus forestières, les fauvettes sont elles aussi
très bien représentées. On trouve
de la plus à la moins commune: la Fauvette babillarde,
la Fauvette grisette, la Fauvette à tête
noire et la Fauvette des jardins. On rencontre aussi
lHypolaïs polyglotte, le Pouillot fitis,
le Pouillot véloce et le Pouillot siffleur.
Corvidés
Le grand Corbeau et le Corbeau freux ont totalement
disparu de La Dombes, tandis que la Corneille noire
prolifère telle la peste depuis le début
de la culture intensive, causant bien des torts à
la population d'oiseaux, car il est fréquent
qu'elle mange les ufs de toutes les familles confondues.
Spot
intéressants à visiter
- Les
étangs Turlet sont situés à l'entrée
sud de Villars-les-Dombes. Pour y arriver, suis la
direction du parc ornithologique. Au parking du parc
tu as vite fait de les repérer, car ils sont
juste à côté. Tu peux y voir la
plupart des hivernants dombistes de Souchet et les
observations sont très faciles depuis la rive
bordant le parking.
- Birieux
à 5km de Villars sur la D2. Tu trouvera 4 étangs
au sud du village de Birieux ; entre autres le Grand
Birieux l'un des plus grands étangs dombistes.
- Les
étangs Glareins à Lapeyrouse sont 2
grands étangs très favorables aux Laridés.
Cernés d'une grande roselière ils abritent
un nombre important d'Ardéidés.
- Bouligneux
où tu pourras stationner au château et
admirer les étangs Forêt et Fretay. Pour
une meilleure approche, il te suffit de tourner à
gauche après le cimetière se trouvant
au nord du village, puis une seconde fois 200m plus
loin. Tu arriveras sur une voie sans issue et plus
loin sur ta droite tu verras l'étang Riom.
- Les
étangs Brouille et Moissonnet à Sandrans
à 4,5 km au nord de Bouligneux, les étangs
se situent au sud-est de Sandrans.
- La
"Plaque du Bataillard" peut être visitée
à pied ou en voiture sur un circuit de 6 km
entre les communes de St-André-le-Bouchoux
et de St-Paul-de-Varax. Pour ce faire de St-André,
dirige toi vers St-Paul par la D17, emprunte la première
route à droite pour serpenter à travers
les étangs, puis tourne une seconde fois vers
la droite pour revenir à ton point de départ.
- Marlieux,
les Vavres à l'est du village se trouvent 2
grands étangs bien visibles depuis la route.
- 8.
Dompierre-sur-Veyle, le Grand Marais sur la route
de St-Nizier-le-Désert et le Grand Marais,
une quantité de petits étangs sont présents
et pleins de découvertes. Le Grand marais quant
à lui est bordé d'une grande ceinture
de roseaux et de nénuphar blanc (rare en Dombes).
- Le
Plantay et Versailleux depuis St-Nizier-le-Désert
part vers le sud-ouest direction Le Plantay. Puis
200m après le carrefour avec la D7 se trouve
le bord de l'étang de Gémire (une construction
assez récente). Rejoins ensuite Le Plantay
et poursuis ta route vers le sud par la D61. Depuis
la route tu apercevras une série d'étangs
fort intéressants. Puis en continuant ta route
vers l'ouest par la D904 tu atteindras l'étang
Chapelier (une réserve de chasse).
- En
automne, tu peux observer la migration depuis les
rochers situés au-dessus de Ceyzériat
à 7 km à l'est de Bourg-en-Bresse. Des
gens de CORA-Ain sont souvent présents les
fins de semaine de fin août à mi-novembre.
Si tu veux communiquer tes observations intéressantes
envoie-les à COR-Ain, Centre culturel, Place
St-Vincent-de-Paul, 01400 Châtillon-sur-Chalaronne.
Les
réserves
Les 8 réserves de La Dombes sont :
| Appellation |
Localisation
(commune) |
Création |
Superficie |
Statut |
| |
|
|
Total (ha) |
Etang (ha)
(nombre)
|
|
| 1.
Réserve de Dombes |
Villars
|
1964
|
215
|
108
(4) |
Réserve cynégétique |
| 2.
Mionnay |
Mionnay Saint-André |
1973 |
82 |
- |
Réserve
cynégétique |
| 3.
Les Echets |
Mionnay |
1972 |
23 |
marais |
Réserve
écologique |
| 4.
Saillard |
Miribel
Mionnay |
1982 |
97 |
20
(1) |
Réserve
écologique |
| 5.
Parcelle Rabuel |
Villars |
1982 |
2.3 |
- |
Réserve
cynégétique |
| 6.
Fondation Vérots |
St-Jean
de Thurigneux Civrieux, Monthieux |
1982 |
145 |
33
(2) |
Réserve
intégrale |
| 7.
Vernange |
Monthieux
St-André de Corcy |
1987 |
40 |
20
(3) |
Réserve
cynégétique |
| 8.
Grand- Birieux |
Birieux |
1989 |
145 |
98
(1) |
Réserve cynégétique |
| Total:
8 réserves |
|
|
750
|
297
(11) |
|
Parc ornithologique
A Villars-les-Dombes se trouve le joli "parc des
oiseaux" où l'on peut admirer l'avifaune
locale et étrangère (400 espèces
du monde entier dont 23 en voie de disparition). Les
oiseaux présents sont en liberté. On peut
entre autre voir la seule colonie en eau douce de Pélicans
frisé (qui volent aux alentours et disposent
d'un étang dans le parc). C'est aussi le seul
endroit où niche encore la Cigogne blanche dans
La Dombes. Côté infrastructure : deux volières
gigantesques où les oiseaux sont bien à
l'aise et dans une végétation luxuriante.
Presque comme de vrai ! De plus, le parc compte plus
de 500 naissances par année. On peut y par exemple
voir les Vautours fauves et autres rapaces à
la nurserie du parc. Ouvert de 10h jusqu'à la
tombée de la nuit, 21h30 l'été.
Tarif entre 40 et 50 FF (prix 2001). Info: 00 33 4 74
98 05 54.
La valeur des biotopes de La Dombes n'est pas assez
et pas bien protégée. Seuls onze étangs
(représentant une surface de 297 ha) sont classés
comme réserve naturelle. Cela ne constitue que
3,5% des étangs Dombistes alors qu'on pourrait
faire mieux vu la richesse de son avifaune, de sa flore
et de sa faune local. Ajoutons que la plus grande réserve
de La Dombes (Villars 108 ha) est bordée à
l'est et l'ouest par deux routes nationales et que la
ligne régionale de la SNCF la traverse en plein
cur. Cette réserve est cependant interdite
d'accès à toutes personnes.
Quand ? Dangers !
La période la plus favorable pour aller dans
La Dombes est le printemps et l'été de
mars à début juillet. Mars étant
la période de l'année où l'avifaune
dombiste est la plus diversifiée. Je déconseille
à tout ornithologue d'y séjourner en automne
et en hiver, car, saison de chasse oblige (de septembre
à février), l'endroit est infesté
de chasseurs. Comme ils disent : " La nature appartient
à ceux qui la vivent " (en-tête du
magasin " Le chasseur français ").
Evite donc principalement le premier dimanche de septembre,
c'est l'ouverture de la chasse !
A titre d'information, la France est l'un des pays d'Europe
où les accidents de chasse sont les plus fréquents
; précisons que le pays compte le plus grand
nombre de chasseurs pour l'Europe occidentale.
La propriété des étangs entraîne
la mise en place de chasse gardée où la
concentration de barbares est encore plus forte, car
sur leurs terres ils s'octroient tous les droits.
Chasseurs et pêcheurs s'entendent à merveille
éliminant les oiseaux et autres animaux piscicoles.
Pour se faire, soit on tire lors de la saison de la
chasse, soit on tend une maille métallique entre
2 eaux où l'animal ira se coincer et mourra noyé.
Il nest pas rare de voir des oiseaux pendus près
d'un étang (très souvent des cormorans).
Cette technique moyenâgeuse servirait à
intimider les congénères.
Remerciements
Jacques Laesser pour sa correction de l'orthographe
et sa lecture attentive
Henri Pochon pour son schéma de l'étang
Et Marc Duquet pour sa carte des étangs
Bibliographie
Guide du naturaliste en Dombes; Ph. Lebreton, A. Bernard,
M. Dupupet; Ed. Delachaux et Niestlé
Bulletin de la société mycologie du Locle
n°162 début 2001
Nos Oiseaux n°206 5ème du vol 20 octobre
1949
Ornithos n°3 volume 4, 1997
www.inra.fr
La Dombes espace d'équilibre ou simple substrat
pour la culture céréalière?
Guide 2001 de l'accueil paysan www.accueil-paysan.com