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LES GRANGETTES
555
560 / 137 138, 370 m
Noville, Villeneuve VD, Le Bouveret VS
Carte n°1264 Montreux
Une
extrémité de grand lac sans traces flagrantes durbanisation
est un fait presque singulier pour la Suisse actuelle, digne dêtre
relevé en tous les cas. Les marges du delta du Rhône dans
le Léman se présentent à nous comme relativement
proche de cet idéal, sur sa partie vaudoise tout au moins puisque
lon y découvre la réserve naturelle des Grangettes.
Des zones vertes, plus ou moins bien préservées selon les
cas, constituent une relique des richesses floristiques et faunistiques
passées. Roselières, marais, forêts alluviales, ancien
méandre du Rhône mais aussi plans deau creusés,
canaux dassainissement, camping, terrassements ou plantations de
peupliers ou dépicéas incarnent le reflet de cet héritage
confronté à la civilisation : lespace nest donc
pas totalement vierge comme on oserait lespérer mais offre
cependant un refuge suffisamment important pour abriter une avifaune des
plus intéressantes. Allez imaginer que dans ce périmètre,
265 espèces ont été reconnues au moins une fois,
contre 385 pour tout le territoire helvétique ! Parmi elles, 72
sont considérées comme nicheuses régulières
(dont le Grèbe huppé, la Sterne pierregarin, le Martin-pêcheur,
la Locustelle tachetée et lHypolaïs polyglotte), 3 comme
nicheuses irrégulières (Accenteur mouchet, Rousserolle turdoïde
et Pouillot siffleur) et 16 exceptionnelles (dont le Blongios, la Nette
rousse, la Marouette ponctuée, la Mouette rieuse, lHypolaïs
ictérine et la Cisticole des joncs). Autant de chiffres qui suffisent
à aborder laspect incontournable de la réserve des
Grangettes pour notre pays : elle figure dailleurs depuis 1990 à
linventaire des zones humides dimportance nationale (Convention
de Ramsar, zone OROEM), où des dénombrements doiseaux
aquatiques sont opérés chaque mois entre octobre et mars.
En 1990 également a été créée la Fondation
des Grangettes dont le but est de veiller à lentretien et
au respect du site. Dans ce cadre notamment, un nettoyage annuel des roselières
est organisé le premier week-end de mars.
Vous
découvrirez au mieux un bel échantillon de cette avifaune
aquatique, nicheuse ou migratrice, en vous arrêtant aux Saviez (1)
et à lembouchure du Grand Canal (3), sites complétés
au printemps par les plages apparaissant à lest du camping.
Les Saviez (1) vous offrent une vue imprenable sur les enrochements, construits
afin de diminuer limpact des vagues sur les roselières :
quelle que soit la saison, vous y rencontrerez des Cormorans, dont le
dortoir originel est incarné par larbre de lIle de
Paix (artificielle, mais la plus petite du monde !). Au gros du passage,
soit à fin octobre et en novembre, quelques milliers dindividus
se partagent les perchoirs disponibles de la réserve ; le record
absolu à ma connaissance date du 17 novembre 1991 où environ
5'300 individus ont été estimés, ce qui ne manque
pas de créer des polémiques avec les pêcheurs de la
région (pour de plus amples informations sur les problèmes
liés à laugmentation des Cormorans, voir la bibliographie
ci-dessous). Les laridés et sternidés constituent également
un groupe vedette, mais à une autre échelle, puisquils
apprécient ces enrochements tout autant que leurs voisins danois
et hollandais (les Cormorans !) ; au printemps particulièrement,
les Mouettes mélanocéphales et les Sternes caspiennes ont
eu maintes occasions de se distinguer par la fréquence de leurs
apparitions ou par leur imposante présente : essayez de vous représenter
23 Mouettes mélanocéphales un 3 avril 1992 ou encore 11
Sternes caspiennes un 6 octobre 1998 !
Mais laissons là ces extrêmes et revenons aux rencontres
plus familières des Grangettes. En vous rendant sur les jetées
du Grand Canal (3), vous bénéficierez dune avancée
confortable dans les eaux du Léman : elle vous permettra en toute
aisance de scruter le large, du Bouveret à Villeneuve, en passant
par Lausanne ! Ce nest donc pas un hasard si cet avant-poste est
reconnu pour y découvrir bon nombre de canards plongeurs ou de
surface ou pour voir transiter quelques migrateurs isolés ou en
groupe (guifettes ou limicoles par exemple).
Enfin, au printemps, lors de labaissement annuel du niveau du Léman,
des plages se dégagent devant le camping des Grangettes et un peu
plus à lest, au début des enrochements, au lieu-dit
la Mure (2). De mars à mai, le festival des limicoles attire les
regards, et tout cela sans compter les années bissextiles où
lon se plaît à abaisser plus que de coutume le niveau
des eaux ! Chevaliers en tout genre, bécasseaux, gravelots ou même
barges, Echasses, courlis ou Avocettes ne manquent pas danimer ces
bancs de sable, particulièrement après une belle averse.
Se cantonner sur des positions lacustres serait oublier que, entre les
Grangettes et le village de Noville, quelques cultures accueillent bon
nombre de passereaux liés aux milieux ouverts : depuis les chemins
agricoles, ne manquez pas douvrir lil sur tous ces petits
coureurs des labours.
Vu sous langle saisonnier, le paysage ornithologique des Grangettes
ne manque pas non plus dintérêt :
Lautomne constitue peut-être une des périodes les moins
animées puisque relativement peu de milieux favorables sont offerts
pour lescale des migrateurs : seules les jetées, de surcroît
très fortement fréquentées par les vacanciers et
les pêcheurs, tentent de retenir quelques rares limicoles, essentiellement
représentés par le Chevalier guignette et le Bécasseaux
variable. Dautres espèces de bécasseaux, quelques
gravelots ou un Tournepierre sont loin dêtre exclues, mais
il faut un peu plus de chance ! Du côté du large, les guifettes
sont relativement fréquentes ; on est en droit despérer
également la visite de la Mouette pygmée, cependant bien
plus timide dans ses passages. Mais lune des attractions principales
de lautomne réside probablement dans lespoir de découvrir
un labbe posé au large ou houspillant ces pauvres mouettes affolées
pour leur faire lâcher leur pitance. Certes, les Grangettes ne sont
de loin pas aussi favorables que la Rade de Genève ou que lembouchure
de la Thielle à Yverdon pour y voir défiler ces voyous sombres,
mais elles semblent par contre plus enclines à les retenir, ne
serait-ce que quelques heures.
Lhiver est une saison propice à lobservation des canards,
comme partout sur les lacs suisses dune quelconque importance. En
janvier, la réserve abrite en général près
de 4'000 palmipèdes (Cormorans exclus), dont les Grèbes
huppés et les Fuligules morillons constituent la part principale.
Les Eiders sont des réguliers, estivant même depuis 1988,
et peuvent se rassembler à cette saison en des troupes dépassant
parfois les 80-100 individus : un vrai spectacle en noir et blanc, sur
fond bleu si le soleil daigne percer les stratus ! Côté canards
marins, ajoutons encore la présence relativement régulière
de la Macreuse brune, dont les effectifs dépassent cependant rarement
la trentaine de représentants. Il est par contre nettement moins
courant de découvrir un Fuligule nyroca ou milouinan parmi les
importantes troupes de plongeurs, tout comme un Plongeon arctique ou catmarin,
que lon rencontre tout de même à chaque saison. Les
amateurs de spécialités ne manqueront pas de relever lhivernage
de 2 Hareldes en 1988-89, lapparition dun Plongeon imbrin
les 9 et 10 décembre 1989 ou le séjour fort apprécié
dun Pygargue du 26 janvier au 2 avril 1992. Mais ceci, quon
se le dise, restent des exceptions !
Le
printemps sait réserver ses lots de surprises : outre les plages
temporairement disponibles pour les limicoles et les enrochements attirant
les laridés, le large ou les champs ne manquent pas non plus dintérêt
: troupes de canards ou de guifettes pour le premier, passage de pipits
(dont le Rousseline et le Gorge rousse), de Bruants ortolans et de traquets
pour le second. Cette période est également favorable à
lobservation dardéidés de toute espèce
: Grande Aigrette sur les enrochements ou aux alentours des plans deau
internes, Héron pourpré en vol sur les roselières,
Bihoreau ou Crabier dans les baies calmes, Aigrettes garzettes sur les
plages exondées
Des roselières enfin, dont laccès
est interdit, monte la rengaine de la Locustelle luscinioïde dont
quelques rares représentants font figure de pionniers depuis la
fin des années quatre-vingt.
Lété fait suite au vacarme printanier qui fut roi
dans les roselières : les premières nichées de grèbes
et de rousserolles savent dailleurs joyeusement prendre le relais
! Quatre colonies de Grèbes huppés abritent 300 couples
environ. Les Sternes pierregarins, quant à elles, ont élu
domicile sur deux radeaux artificiels, installés expressément
à leur intention à labri des enrochements. Le succès
des nichées est encourageant et vraisemblablement à la hauteur
du confort et de la sécurité apportés par ces HLM
à Sternes puisque linstallation du deuxième radeau
a réussi à déplacer la dernière colonie naturelle
du Léman, qui nichait alors au delta de la Dranse (Haute-Savoie).
Depuis 1998, le Grèbe castagneux se reproduit à nouveau
aux Grangettes. En parallèle, les roselières proches de
Villeneuve retiennent depuis quelques années une centaine de Nettes
rousses et quelques dizaines de canards de surface (dont Canard chipeau
et Sarcelle dété) qui trouvent là des quartiers
de mue tranquilles.
Accès
Depuis Lausanne, comme depuis la vallée du Rhône, des trains
directs, puis régionaux vous emmènent jusquà
Villeneuve. Depuis là, il suffit de longer le lac vers louest,
de franchir le canal de lEau Froide pour arriver directement sur
le terre-plein des Saviez (1), où votre visite peut commencer.
Sur tout le littoral, jusquau Grand Canal (3), un chemin forestier
vous guide et vous permet de temps à autre de profiter dune
petite vue sur le lac ; veillez à ne pas en sortir pour ne pas
perturber lavifaune abritée par les roselières. Si
vous désirez franchir le Grand Canal, il vous faut le longer en
direction des terres sur un kilomètre environ avant daccéder
au premier pont qui vous ouvrira les portes du Vieux Rhône (4),
aujourdhui port de plaisance, autrefois, comme son nom lindique,
ancien exutoire du fleuve. Un chemin pédestre pourra alors conduire
les intéressés sur le Bouveret (desservi par bus et par
quelques trains), après avoir franchi le Rhône.
GdJ © Bertrand Posse
A
lire
GILLIERON, G. (1991). Les oiseaux nicheurs de la région des Grangettes
de Noville (canton de Vaud). Nos Oiseaux n°41, p. 165-182.
LSPN (1990). Les Grangettes, Protection de la Nature, Bull. LSPN n°4/90,
p. 16-32.
PEDROLI, J.-C. & Cl. ZAUGG (1995). Cormoran et poissons. Rapport de
synthèse, Cahier de lenvironnement 242, OFEFP, Berne.
SCHMID H. (1994). Orni-Top CH. Station ornithologique Suisse, Sempach.
SECRETAN, Cl. (1970). Le Sauvetage des Grangettes, Bull. Murithienne n°87,
p. 20-34.
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